Hommage à Louis Comte : une inauguration sous le signe de la transmission

Hommage à Louis Comte : une inauguration sous le signe de la transmission

Hommage à Louis Comte : une inauguration sous le signe de la transmission

Ce matin, le 7 juillet 2026, Saint-Étienne a rendu un hommage vibrant à l’une de ses figures les plus marquantes : le Pasteur Louis Comte (1857-1926). À l’occasion de la rénovation de son monument commémoratif, notre association a eu le privilège d’être conviée à une cérémonie riche en émotions et en histoire.

Près de cent ans après l’inauguration initiale du monument, le 4 octobre 1931, ce rassemblement a réuni des personnalités locales — dont Monsieur le Maire et son adjointe à la culture — ainsi que le pasteur de Saint-Étienne, la présidente de l’association socio-culturelle Louis Comte et, avec une émotion particulière, les arrière-petites-filles du Pasteur.

La cérémonie a été marquée par une série de discours rappelant l’engagement inébranlable de Louis Comte en faveur des plus démunis et sa passion pour la dignité humaine. Nous avons notamment eu l’honneur d’entendre le discours de Marie-France Marcuzzi, membre actif du temple et de notre association, auteure de l’ouvrage « Louis Comte et le soleil de sa vie : L’œuvre des enfants à la montagne ».

Retranscription du discours de Marie-France Marcuzzi :

«Voici la transcription intégrale du discours de Marie-France Marcuzzi, prononcé ce matin lors de l’inauguration :

« Chers amis,

Votre mémoire ne périra pas, au nom de la cité, au nom des enfants », avait annoncé Antoine Durafour, lors de l’inauguration du monument Louis Comte de Saint-Étienne. C’était il y a presque cent ans, c’était le 4 octobre 1931… C’était au même endroit.

Décédé le 30 mai 1926, sa mémoire est toujours vivante puisque nous sommes venus nombreux, pour cette cérémonie, moment qui rend hommage à son enthousiasme et à son action incessante pour tout ce qu’il a réalisé dans une ville, dans sa ville qu’il aimait tant : Saint-Étienne !

Les questions sociales le passionnaient. Pour lui, le droit au salut passait forcément par l’Homme debout, c’est-à-dire par des conditions de vie dignes, d’autant que le prolétariat misérable n’avait même pas accès à un minimum de vie décente au quotidien.

Il aimait par-dessus tout la liberté. Elle a failli lui coûter son poste de fonctionnaire [avant 1905, le personnel religieux était rétribué par l’État]. Il avait choisi de participer à un meeting pour soutenir le capitaine Dreyfus au lieu de présider le culte dominical : abandon de poste. La sanction de son Ministère de tutelle tombe : pas de salaire pendant six mois.

Exhortant au droit à l’égalité pour les plus démunis, il proclamait un vibrant « je crois en l’humanité » donnant ainsi toute sa plénitude à la défense des plus vulnérables : les enfants, qui étaient au cœur de ses préoccupations. L’œuvre des enfants à la Montagne, n’était-elle pas « le soleil de sa vie » ?

En 1893, 52 enfants tous protestants, la plupart issus de familles de mineurs, sont placés chez des paysans avec la défense express de les faire travailler. Ils partent respirer pour la première fois l’odeur du serpolet, du foin coupé et des babets 😊 pommes de pin) chauffés au soleil d’été. Ce sera en 1910 plus de 2300 enfants, de toutes confessions, de milieux défavorisés qui seront accueillis pour culminer à 3734 à l’été 1935.

Curés, pasteurs, maires, instituteurs, tous rivalisent de zèle pour ces enfants sous la direction d’un véritable homme-orchestre, qui conjuguait si magistralement les plans spirituel, moral et thérapeutique.

Né en 1857, à la limite du Gard et de l’Ardèche, dans une famille modeste de paysans, éleveurs de vers à soie, il avait fait ses études de pasteur à la faculté de théologie de Montauban. Il est nommé par le Ministère des Cultes à Saint-Étienne en 1884, venant de Nîmes où il avait été considéré comme trop socialisant. Il était marié avec Mathilde Barrès, issue d’une riche famille de filateurs de soie nîmoise. Ils avaient cinq enfants dont un décédé en bas âge. Lorsque son épouse décède subitement à 47 ans, en septembre 1909, il dira que sa vie en est découronnée.

Comment résumer la vie de ce lutteur de Dieu, pétri d’évangile ? Il voulait élever le peuple, ce peuple des petits, des oubliés, des humbles en combattant l’alcoolisme, la pornographie, et tout ce qui dégrade la dignité de l’Homme. Il était un défenseur du respect de la femme, de toutes les femmes. Ne disait-il pas : « Une démocratie qui ne pratique pas le respect de la femme s’enfonce dans la fange » ?

Alors, il n’hésitait pas à faire le coup de poing devant le service d’ordre des théâtres qui programmaient des spectacles contraires aux bonnes mœurs, empêchant le déroulement du spectacle. Il suffit de lire dans les journaux de l’époque, les compte-rendus de ses actions musclées.

Que dire de sa lutte contre l’alcoolisme ? Voici sa méthode inédite retrouvée dans un courrier du 5 janvier 1896 [imaginez un peu la scène] : « Tu ne sais pas ce qu’il a fait, M. Comte, l’autre jour ? Il a passé cinq heures de 9 heures du soir à 3 heures du matin à soigner un bon type d’ivrogne qui avait bu dans la journée 32 absinthes et avait pris un tel accès de delirium tremens qu’il avait tout cassé chez lui… Il l’a ficelé comme un saucisson pour qu’il n’en vienne pas à casser la tête des gens dans sa fureur. »

Il comprenait l’intérêt de relayer son action dans l’univers des media. Avec Alphonse Gintzburger, et Louis Soulié alors maire à Saint-Étienne, il fonde en 1899 le journal « La Tribune républicaine », journal de sensibilité radicale socialiste, relais aussi pour les informations concernant son œuvre.

Alors bien sûr, il était parfois d’un naturel impossible, d’autant que le Conseil presbytéral n’était pas capable d’affronter ce fort caractère. Par ses conférences aux quatre coins du pays, par ses interventions au niveau local, par ses activités au sein d’associations, il était très souvent absent, et le président du Conseil de soupirer : « nous avons laissé le pasteur Comte devenir le pasteur de toute la France ! ». Au moment de la séparation de l’Église et de l’État, il ne supportait pas de soumettre sa candidature au poste de président du Conseil presbytéral. À l’évidence, il devait y siéger comme membre de droit. Devant le conflit majeur qui s’envenimait, il a donné sa démission de sa charge pastorale, le 26 octobre 1916 pour apaiser les tensions dans son église, se consacrer au « Soleil de sa vie » et à quelques-unes de ses nombreuses activités au sein d’association de défense comme par exemple « les Affamés de Russie » ou « les pupilles de la Nation », et bien d’autres…

Il a été décoré de la Légion d’Honneur au grade de Chevalier, le 30 octobre 1920, les autorités reconnaissant son immense dévouement au bien public.

Chacun d’entre nous n’a droit qu’à la vérité qu’il a su découvrir. Pas de doute, une large part lui avait été offerte : vérité rationnelle, contingente, universelle. Il disait : Examinez toutes choses, et retenez ce qui est bon, c’est-à-dire ce qui est conforme à la vérité telle que vous la comprenez…

Chacun d’entre nous a une part de mystère, à laquelle nous n’avons même pas accès complètement. C’est là que se trouvent nos contradictions, nos ébauches d’idées, nos aspirations, nos désirs. Louis Comte, comme chacun, était fait de ces contradictions qu’il avait pleinement assumées : profondément républicain, il défend la séparation de l’Église et de l’État face à ses paroissiens déroutés par ses audaces. Il épuisait ses collaborateurs et insupportait ses adversaires. Profondément croyant, il sympathise avec des laïcs orthodoxes, des franc-maçons et des anarchistes qui affichent leur athéisme comme un étendard. À leurs côtés il milite pour la Ligue des Droits de l’Homme ou pour la défense du capitaine Dreyfus. Profondément humain et réaliste, il est à la croisée des courants socialistes utopiques et du christianisme social qui ont préparé un terrain favorable à l’éclosion de projets pour les plus démunis.

Mais par-dessus tout, c’était le pasteur Comte, il connaissait les évangiles, c’est bien le minimum que l’on puisse exiger d’un pasteur comme de tout religieux sincère. Il ne s’était pas contenté d’en expliquer les notions fondamentales dans ses prédications, mais il a décliné tout ce savoir en exercice pratique, en application de terrain tournée vers le peuple qu’il côtoyait, s’opposant à la lutte des classes chère à Karl Marx pour prôner l’interpénétration des classes où chacun peut côtoyer l’autre sans s’invectiver, dans une écoute respectueuse.

Enfin, réunis ici, croyants, incroyants, agnostiques, de différentes familles ou sensibilités politiques, comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, nous sommes en train de mettre en œuvre un bel exercice de laïcité. C’est elle qui nous rassemble, ouvrant la voie d’une fraternité bien comprise.

Je vous remercie. »

Pour aller plus loin :

Souhaitez-vous approfondir l’histoire de cet homme d’exception, surnommé le « pasteur de toute la France » ? Le livre de Marie-France Marcuzzi, Louis Comte et le soleil de sa vie, est disponible à l’achat auprès de notre association. N’hésitez pas à venir nous rencontrer pour vous le procurer.

(Ci-dessous : quelques clichés de la cérémonie de ce matin, ainsi que des archives historiques de l’inauguration originale en 1931).

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